Vorbourg, Maître-autel, Saint-Othmar, Saint Imier 1586,




LE VORBOURG 
réconcilié aux titres de 
SAINT OTHMAR et SAINT IMIER


BAUMER Iso, Pèlerinages jurassiens, Le Vorbourg près de Delémont, Editions jurassiennes, Porrentruy, 1976, p.31
BURGENER Laurentz, ofm, Helvetia sancta, oder Leben u.Wirken der Heiligen, seligen u. frommen Personnen des Schweizerlandes, 3e Bd, Einsiedeln, N.Y.,Cincinati, Gebrud. Karl u. Nikolaus BENZIGER, 1860. ( sous Othmar)
DAUCOURT A. (chne), Histoire de la Ville de Delémont, Imprimerie typographique du Jura, Porrentruy, 1901, p.648
FRANC-MONTAGNARD, (Journal) du 13 septembre 1945.
HAUSER Michel, in Jurassica, N° 2, Le maître-autel du Vorbourg, p.26
ISO de Saint-Gall, De miraculis Othmari, in PL CXXI,779-96
JEKER J (curé-doyen), Le Vorbourg, Delémont, 1910, p.25
MEMBREZ Albert (curé-doyen) Eglises catholiques du diocèse de Bâle, T. IV, églises et chapelles du Jura bernois, Ed. Walter S.A. Olten, 1938, p.112
MÜRRER ou MAURER Henri, Helvetia sancta seu Paradisus sanctorum Helvetiae florum, Lucerne, 1648, (Saint Othmar, p.108)
PAYS LE, (Journal) du19 septembre 1925
STOLZ Dominique (Dom), Introduction à la vie de Saint Othmar, Abbé de Saint Gall, in : http://www.abbaye-saint-benoit.ch
VAUTREY Louis, (Mgr), in ANNUAIRE JURASSIEN - Année 1880- p.103
VOGLER Werner, L'abbaye de Saint-Gall, rayonnement spirituel et culturel, Payot Lausanne, 1991.
voir aussi: http://www.heiligenlexikon. de /Catholic Encyclopedia/othmar de S.G.

Qu'est-ce qu'une "réconciliation" ?
Une réconciliation dans le sens canonique du terme est une réhabilitation d'un lieu après une profanation. Une chapelle, par exemple, peut avoir été profanée par un usage indû ; ou encore :  des pillards ont saccagé le lieu dit "sacré. Parfois la négligence fait qu'un lieu est laissé à l'abandon. Dans tous ces cas, l'évêque peut ordonner une "réconciliation", cérémonie, par laquelle le lieu est restitué à son usage sacré;  après avoir renové le bâtiment, celui-ci est restitué au culte. (CIC, 1211,1212,1213) Cette réparation est prévue par les livres liturgiques.
Une émulation d'artistes jurassiens
Une pléiade d'artistes jurassiens du 18ème siècle  a travaillé, à cette occasion, à embellir le maître-autel de Notre-Dame du Vorbourg. On y trouve un retable doré, dont la sculpture est due à MONNOT (décision du 4 avril 1720),  sur lequel figurent deux saints patrons : Saint Imier et Saint Othmar. L'ensemble de l'autel majeur a été doré par les soins de TAVANNE, suite à la résolution du conseil,  en date du 9 octobre 1720. Pour compléter l'agencement du choeur, le Maître-bourgeois confie à MERTENAT, la confection "d'un Saint-Esprit", sous forme de colombe. 
Michel HAUSER, dans son article "Le Maître autel de la chapelle du Vorbourg", donne les textes originaux des autorités de la Ville de Delémont et conclut : "Les trois artistes mis à contribution en l'occurrence sont de bon renom. 
Originaire, selon toute vraissemblance du Haut-Doubs français, établi dès 1699, à Porrentruy, où il décédera en 1729, le sculpteur Hugues Jean MONNOT exerça ses talents dans maintes églises d'Ajoie et de la vallée de Delémont ; la chaire de la collégiale de Saint-Ursanne et les stalles de l'église Saint-Pierre à Porrentruy comptent parmi ses oeuvres principales (...)
Jean-François TAVANNE (1681-1761), fut sans conteste le plus actif et le plus qualifié des peintres jurassiens de la première moitié du XVIIème siècle, ainsi qu'en témoigne le catalogue de ses travaux. Quant à François-Joseph MERTENAT, natif de Soyhières, il s'affirmera comme l'un des premiers sculpteurs d'origine indigène et laissera aussi sa marque empreinte d'habileté sereine dans la statuaire religieuse de sa région".





Illustration de Saint Othmar.
Mort le 16 novembre 759, sur l'île de WERD, Othmar était originaire de Souabe, mais reçut sa formation à Coire, avant d'être ordonné prêtre pour l'église de Saint Florinien. WALTRAM de Thurgovie le fit désigner, en 720, pour présider la cella de Saint-Gall, alors sous la règle colombanienne. Il développa cette fondation initiée par saint Colomban, ajoutant école et hôpital. Le couvent adopta la règle bénédictine. Les terres du couvent furent convoitées par WARRIN et RUODHART. Courageusement, Othmar dénonça les assaillants. Ce dernier fut capturé, isolé et rendu prisonnier au château de BODMANN d'abord, puis sur l'île de WERD, sur le Rhin. Après six mois d'emprisonnement et de mauvais traitements, saint Othmar meurt et fut enterré sur l'île.
En 769, ses restes furent ramenés à Saint-Gall et, en 867, précieusement conservés à l'église érigée à son nom en ville de Saint-Gall.

La représentation de saint Othmar.
Au Vorbourg, saint Othmar est représenté comme un abbé bénédictin, crosse en main, sur une embarcation, symbole de son exil sur une île du Rhin. On remarque l'éloignement de la rive, en bordure de laquelle on aperçoit une ville. C'est, en effet, à Constance que Othmar fut arrêté, emprisonné, puis exilé sur l'île de WERD.
Sur l'embarcation, on aperçoit trois tonneaux : en général, l'iconographie des saints représente saint Othmar avec ces barils, allusion à un miracle rapporté par ISO de Saint Gall, selon lequel jamais le baril de saint Othmar ne diminua, quoiqu'il ait donné généreusement aux pauvres. On pense à la veuve de Sarepta : (1 Rois 17,14ss) ."... jarre de farine ne s'épuisera, cruche d'huile ne se videra, jusqu'au jour où Dieu enverra la pluie sur la face de la terre..."

La question des titres patronaux
Pas étonnant de trouver saint Imier au Vorbourg, puisque, natif de Damphreux-Lugnez, la tradition nous incite à en faire un saint jurassien.
Mais avouons que la présence de saint Othmar s'explique plus difficilement.
Le Père Dominique STOLZ éprouve le même embarras :" Le culte de Saint Othmar est très répandu en Suisse alémanique. Il ne semble  que ce ne soit pas le cas dans la francophonie, puisqu'il a été impossible de trouver une traduction française de sa Vie".
On trouve, au Vorbourg, la mention de saint Othmar, lors de la réconciliation de la chapelle en 1586. Iso BAUMER écrit : "Le document y relatif atteste en même temps une restauration de la chapelle. "L'an du Seigneur MDLXXXVI, le lundi de Pâques qui était le 7 avril, Nous Marc, par la grâce de Dieu et du Siège apostolique, évêque de Lydda, vicaire général de Notre Révérendissime Père et Seigneur en Jésus-Christ Jacques Christophe, évêque de Bâle, avons réconcilié cette chapelle, presque tombée en ruine par vétusté, mais maintenant restaurée, et qui selon la tradition, avait été jadis consacrée à saint Imier et à saint Othmar, confesseurs, par le Souverain Pontife Léon IX d'heureuse mémoire. Et ce même jour, nous avons consacré cet autel en l'honneur de Dieu tout puissant, de la Bienheureuse Vierge Marie, de saint Michel, archange et des saints Himier et Othmar, confesseurs  et nous y avons renfermé des reliques de saint Valentin et de saint Randoald, martyrs, de Saint Grégoire, Pape et autres saints; en accordant aujourd'hui une année et le jour anniversaire de la consécration, quarante jours d'indulgence en a forme usitée, aux fidèles qui visiteront la chapelle. De quoi le Seigneur nous soit propice. et par les mérites et les prières des saints, il daigne avoir pitié de nous. Amen"
L'officiant est l'auxiliaire de Christophe BLARER de WARTENSEE,  Marc TETTINGER.
Il semble donc que les choses soient claires, puisque tout est dit...


Tout est dit... et pourtant !
Les historiens ne sont pas sûrs de pouvoir attribuer la consécration du Vorbourg à Léon IX ! ... donc, nous sommes encore moins disposés à affirmer que c'est lui qui a imposé les titres de Saint Imier et de Saint Othmar... Si l'autel est dédié à Saint Imier et à Saint Othmar, nous ne le savons que sur la foi de l'Evêque suffragant de Christophe BLARER de WARTENSEE,  Marc TETTINGER!
Si, par tradition, on attribue le titre de saint Imier à l'autel du Vorbourg, nous l'acceptons d'autant plus facilement, Saint-Imier étant dans la proximité jurassienne.
Mais comment expliquer celle de saint Othmar, abbé fondateur de Saint-Gall ?


A la recherche d'indices.


Deux ouvrages, au moins, traitent des Saints helvétiques. Le premier émane du Père chartreux Henri MURER, profès de la Chartreuse d'Ittingen, réédité en 1750. Cet ouvrage décrit la vie, la mort et l'illustration de quelques miracles du Saint Abbé et confesseur Othmar, fondateur de l'Abbaye de Saint-Gall. Venant de Souabe, Saint Othmar mourut en 761 et est fêté le 16 novembre.
Un autre moine, capucin celui-là, P. Laurentius BURGENER ofm, a écrit une Helvetia Sancta, oder, Leben u. Wirken der heiligen, seligen u. frommen Personnen des Schweizerlandes. Ce dernier ouvrage, sans posséder l'appareil critique du premier, fourmille de renseignements intéressants.

L'abbé Diethelm Blarer (1530-1564) avec ses armoiries. A gauche, Saint Gall, à droite Saint Othmar. Miniature. Vers 1560.StiASG, vol 185

Les BLARER de WARTENSEE connaissaient bien le problèmes des reliques de saint Othmar
L'oncle de Christophe BLARER de WARTENSEE, Diethelm Bl. de W., était Prince-Abbé de Saint-Gall, pendant la période de la Réforme protestante. L'abbaye avait souffert de la Réforme. C'est même en exil à Mehrerau que Diethelm BLARER de WARTENSEE reçut, en 1530, son élection et la lourde mission de relever le monastère de Saint-Gall. Le Prince-Abbé ne put retrouver son couvent qu'en 1532.
La Réforme avait laissé ses traces : affolés, les catholiques avaient caché les reliques du Saint Fondateur de l'abbaye. C'est un des mérites de Diethelm d'avoir mis à l'abri les ossements d'Othmar : il faut savoir ce que représentaient "les corps saints" pour les chrétiens d'alors ! Ils restèrent en lieu secret avant d'être ramenés à Wyl, puis à Einsiedeln, jugé plus sûr.
En 1538, Diethelm Blarer de Wartensee les rapatria à Saint-Gall où il furent conservés.
Quand Christophe Blarer de Wartensee (1542-1608) arrive à Porrentruy, on peut affirmer qu'en qualité de neveu de Diethelm, il considère Saint Othmar comme un saint défendu par sa famille.
Rien d'étonnant à ce que soit lui qui propose la dédicace du Vorbourg à un saint qu'il connaissait bien.




Détails des armoiries de Dietelm Blarer de Wartensee.

Il est émouvant de découvrir cette miniature ! 
En priant au Vorbourg, le pélerin découvre, grâce au bien-aimé Prince évêque Christophe BLARER de WARTENSEE, un vaste réseau des saints helvétiques. 
En même temps que le bruntrutain lève les yeux sur la Tour du Coq à Porrentruy, on découvre des affinités spirituelles avec les moines et avec les saints...  What else...

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