Jour
3: mercredi matin à Pontarlier, lycée Saint-Bénigne. Toujours cette douceur
anormale, malgré l'altitude. Intervention devant des secondes professionnelles. Enfin, c'est
plutôt eux qui sont intervenus, en fait, sur Norlande et la Grande Môme. On peut voir ça ici. On les en remercie vivement, eux, leurs professeurs et la
documentaliste. Toujours un peu frustrant, en fait, de ne faire que passer dans
une ville. Fantasme de plus en plus grand, en vieillissant, de vivre dans la
petite ville, injoignable enfin.
Conversation entre mon accompagnateur et la documentaliste, qui illustre cette idée du "présent visionnaire" de JG Ballard. Ils parlent d'une rivière où les pêcheurs professionnels qui vendaient leur pêche ont disparu en quelques années, d'un lac où ils se baignaient enfants mais où, désormais, il faut faire attention, surtout pour "les petits ou les personnes malades". On tient tous, aujourd'hui, ce genre de conversation préapocalytiques sans même vraiment s'en rendre compte.
Bref retour à Besançon, le temps d'apercevoir
la plaque de la maison natale de Charles Fourier. Encore un qui aura essayé, et
qui aura bien fait d'essayer. Et puis vers 17h, on est récupéré par l'ami Thierry « Pas
Sérial S'Abstenir » Loew, l’organisateur du festival de polar de Besançon, en
mai, pour partir rencontrer des lecteurs à la bibliothèque de
Salins-les-Bains. On aperçoit le panneau qui nous annonce qu’on passe dans le
Jura. Il fait déjà nuit quand on arrive, je ne peux que deviner la beauté de
l'endroit, sa mélancolie d'ancienne grande ville devenue une belle endormie et
qui sommeille, paradoxalement, dans la vallée de la Furieuse, surplombée par la silhouette massive du Fort Belin.
La bibliothèque
de Salins est proprement magnifique, qui se trouve dans un ancien théâtre du
XVIIème siècle où l'on distingue encore la Rotonde, les loges, les balcons, la
scène et les peintures murales d'époque. Accueil charmant, on nous laisse voir
la salle des incunables avec notamment Le Bréviaire de Franche Comté de 1501,
frais et enluminé comme une jeune fille qui se réveille et La cité de Dieu de
Saint-Augustin de 1482 ainsi que le Grand Livre des Salines, livre de comptes
mais dont le titre fait tout de même rêver, un peu. On apprend au passage le
concept de "restauration invasive' pour un livre, concept condamné aujourd'hui,
mais depuis peu, et qui consiste à restaurer un livre de manière irréversible;
c'est à dire sous prétexte de le sauver d'empêcher les générations suivantes,
qui auront peut-être d'autres techniques plus élaborées, de rendre le livre
encore plus proche de ce qu'il était.
Je me demande, si, précisément, on ne
peut pas élargir cette idée au champ politique, si le capitalisme n'est pas une
manière de restauration invasive qui rend irréversible par les immenses ravages qu'il a commis, le retour à un monde
d'avant lui. Après la rencontre, on dîne
assez joyeusement près de l'Hôtel de ville. Thierry nous ramène à Besançon où
l'on va boire quelques bières au Marulaz, dans le quartier du même nom, en face
d'une librairie anarchiste et en écoutant au bar Anna Karina qui chante
Gainsbourg.
Un dernier tramway passe le long du Doubs.
On est bien, je crois.




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